TRANSIENCE

 [Texte français ci-dessous]

          The Transience series reflects the artist’s obsession with the impermanence of the human condition, with loss and disappearance. His photographs in black and white, often austere, probe the tension between presence and absence, union and separation, communion with others and isolation. They testify to the artist’s naïve struggle against the inexorable damage of time, to which even the symbols of eternity such as Joan of Arc or Jesus are not immune. In this contemplative series, the artist extends the duration of our gaze and increases our sense of temporality, but the irruption of anonymous physical bodies is a tribute to out passage on earth and must reconcile us with disappearance and oblivion.

 

          C’est au cours de ses voyages en France, en Italie et en Angleterre que Damian Noszkowicz a réalisé la série photographique Transience, quireflète une obsession de l'artiste: l'impermanence de la condition humaine et la nature transitoire et évanescente de la vie. 

             Transience sonde la tension entre présence et absence, union et séparation, communion et isolement. La série parle du passé, de la perte, de la disparition, des souvenirs et du temps. Ainsi nous assistons à la lutte naïve du jeune artiste contre le passage du temps, sans qu'il perde pour autant conscience de l'insignifiance de son acte face à l’inexorabilité de cette machine que nul ne peut arrêter. 

          Dans cette série composée de visuels en noir et blanc, règne une certaine gravité. Des paysages mornes, des intérieurs d’églises, des maisons désertées, des croix de pierre s'y succèdent, mais parfois une présence humaine s’offre à nous. Malgré le vide et l'austérité quelque peu oppressante de ces lieux, ils témoignent du passage et vibrent avec la force des êtres humains qui ont y ont jadis vécu et aimé, et qui ont disparu.  

          La force de ce travail réside dans sa nature contemplative, les photos ont leur propre rythme qu’elles nous imposent, une lenteur à laquelle le spectateur doit se plier. L'artiste réussit à prolonger la durée de notre regard et à intensifier le sens de la temporalité; il nous retient et attire notre attention sur le fait que tout s'efface et tout se perd. 

          La permanence n'a aucun intérêt pour l'artiste: ici règne l'éphémère. Même les symboles d'éternité inscrits dans la mémoire collective tels que Jésus-Christ ou Jeanne d'Arc, sont ici des victimes subissant la transformation inéluctable du temps: le Christ est d'un bois dévoré par les termites et d’une fragilité touchante, tandis que l'effigie de Jeanne d'Arc se trouve recluse dans l'alcôve d'une église, loin des yeux d'un public admiratif; elle a perdu sa place dans la vie moderne et appartient désormais à l’Histoire.

          En avançant dans la série, une autre lisibilité s'offre à nous. Nous sommes heurtés par la présence humaine, par des corps anonymes, vifs et physiques, contrastant avec les éternelles figures de marbre froid. L’irruption de cette organicité et de cette vulnérabilité est un hommage à notre passage sur terre et une revanche joyeusesur les choses qui nous sont dérobées par le temps. Ainsi, il est possible de trouver du réconfort dans la temporalité, à condition d’accepter de perdre et de ne pas y voir une finalité. Comme l'a dit le philosophe autrichien Ludwig Wittgenstein: « Nous ne vivons pas pour expérimenter la mort », et ce simple fait devrait nous réconcilier avec le processus de disparition, de la mort et de l’oubli. 

            Une déclaration plus forte qui nous rend victorieux face à cette fatalité est celle de Jean d'Ormesson: « Que je sois passé dans ce monde où tu as vécu est une vérité et une beauté pour toujours et la mort elle-même ne peut rien contre moi ». Elle conclut et retranscrit le message que Damian nous apporte avec la sérieTransience

Text: Kamila Gwiazda